Ma chère Kéziah,

Ici la pluie semble fatiguée de tomber. Un soleil timide cherche àréchauffer la ville et sécher les cœurs. Mais plus que tout cela, tes lettres depuis ton accident près d’Anani me sont finalement parvenues.

À leur lecture, je fus sur le point de plonger à nouveau dans un abîme de torpeur. Comment un tel accident a pu arriver ? Il est vrai qu’à Lambassa, cet événement nous fut rapporté uniquement au travers de filets dans quelques journaux. Et vu leurs longueurs, je n’avais pas pris la pleine mesure de cette catastrophe.

Je bénis les vents qui ont su te garder en vie même si tu y as laissé une part non négligeable de toi-même. Ton addiction à l’opium n’est pas irrémédiable même si je sais que tu vas devoir affronter bien pire que la douleur. Tes souvenirs les plus sombres et les plus secrets vont resurgir ainsi que des visions cauchemardesques de ton accident. Je sais que cette étape sera difficile mais elle n’en reste pas moins importante. Je n’oublie pas qui tu es. Que tu as déjà affronté les incompréhensions de tes professeurs au début de notre quête, que tu as su tisser des liens d’amitiés et de fraternité avec des confiseurs. J’ai su voir en toi une battante. Je sais qu’elle est toujours en toi, prête à lutter contre l’adversité.

Prends le temps de te remettre de tout ce qui vient d’arriver. Je peux si tu le souhaites prévenir Mzekalla la Lumineuse : tu pourrais t’y ressourcer et te soigner de tes démons avant de reprendre la route.

Si j’avais déjà réussi à enfermer un sentiment de réconfort dans une de mes confiseries, je te l’enverrais avec cette lettre. J’espère que ce sera pour la prochaine.

Théophraste de Lambassa de Galerne