Ma chère Kéziah,

Je suis extrêmement inquiet de ton silence. Depuis les fêtes de Beltane, je n’ai eu aucun message. Eugénie la Rouge m’a affirmé que tu es partie plus tard que prévu de Faranguie pour te remettre de ces événements. Mais depuis, j’ai perdu ta trace. À Ananda, Mzekala la Lumineuse m’a répondu qu’elle ne t’avait pas reçue. Toutefois ton séjour prolongé à Faranguie t’a fait arriver à Ananda au moment du départ d’une caravane pour le Désert de Bronze. Je suppose que tu ne t’es pas arrêtée chez elle. Du moins, c’est ce que j’imagine dans mes cauchemars les plus doux.

Je sais que la route vers la plaine d’Opale traverse des régions dangereuses, mais je n’ose à peine m’imaginer qu’elle est la cause de ton découragement. Voire pire, de ta disparition.

Je suis par moment paralysé en imaginant les catastrophes terribles que tu as affrontées ; d’autres fois, j’ai confiance en toi et en cette volonté inflexible à vouloir améliorer le monde qui t’habite. Je traverse, moi aussi, un désert de mélancolie. Délaissant mes travaux, je parcours à présent tous les journaux de la bibliothèque d’Abigail le Discret. Dorénal vient souvent me voir et essaye de me réconforter, de me motiver à reprendre mes recherches. Il me trouve à chaque fois dans un abyme de mélancolie teintée de culpabilité où péniblement il me remonte. Mais la chute est pénible à chaque fois que je le laisse à l’université de Lambassa.

Déjà, les gros orages de l’été arrivent. Je vais pouvoir masquer mon désespoir sous cette pluie qui ne lavera pas mes erreurs.

En espérant avoir très rapidement de tes nouvelles.

Théophrastes de Lambassa de Galerne