Ma chère Kéziah,

Le printemps touche à sa fin et l'été semble pressé d'admirer les paysages de Lambassa tant la chaleur en ville est importante. Travailler au laboratoire est, dès le milieu de la matinée, pénible. A ce rythme, je crains que Hangurio ne déclare forfait et refuse de travailler le sucre. Il est évident qu'il n'a ni ton enthousiasme ni ta persévérance. Beaucoup de clients te regrettent et me demandent régulièrement de tes nouvelles, prédisant avec autorité le succès dans tes affaires.

Je suis content que ton père soit venu pour la cérémonie. Je sais qu'il te manquait, comme toute ta famille. J'imagine combien il a dû t'être difficile de conserver ton calme alors que tu devais bouilli à l'idée de passer du temps avec lui. Profite malgré tout d'aller voir ta famille avant de repartir sur les routes. Austu n'est pas si loin de ton village. Je suis certain que tes berlingots y feront fureur et la fierté des tiens. En attendant, je prépare ton voyage jusqu'à la plaine d'Opale en contactant mes anciens apprentis pour qu'ils puissent t'offrir gîte et couvert en échange de services. Indique-moi ta prochaine étape : je ne connais pas trops les Régions Immobiles ni le chemin que tu prendras.

Pour en revenir à ta lettre, je comprends ton inquiétude suite aux réflexions des Imminences. Je t'avais mis en garde car j'en avais fait la douloureuse expérience auparavant : ce n'était pas de la timidité ni de la pusillanimité ne ma part comme tu le pensais. En outre je comprends à présent le pourquoi de leur réaction depuis que j'ai discuté avec "l'apprenti" de Sternheimer de Takahashi. Laisse-moi te conter notre entrevue.

Je rouscaillais, comme je pouvais le faire quand tu avais raison, lorsque je rentrais dans le sein des sein de la Connaissance : l'université de Lambassa. Je demandais au gardien comment faire pour rencontrer Sternheimer de Takahashi quand son "apprenti" Darénal, qui passait par là, accepta de me recevoir. Son bureau est rempli de microscopes, de machines qui écoutent le "son du vivant" et d'instruments de musique. Mon hôte m'a expliqué tant et tant de choses et d'expériences qu'il avait réalisé avec son maître que je l'ai morigéné pour son manque de respect envers son maître. Mais il m'a expliqué que dans sa branche le secret était mal vu et que la connaissance devait circuler pour que le progrès avance. Je n'ai rien trouvé à lui répondre tant notre quête illustre parfaitement cet exemple : si je ne t'avais pas confié le but de mes recherches, tu ne m'aurais pas aidé à rencontrer Strenheimer de Takahashi. En fait, dans son métier, plus on discute avec ses pairs, mieux on est respecté : la valeur d'un individu se jauge à la qualité de ses arguments et concepts et à la reproductibilité de ses expériences. C'est tout bonnement révolutionnaire ! Ainsi quand Darénal explique ses hypothèses, il appuie son argumentation sur ce qu'il a pu lire d'autres compagnons. Il admet que la critique par les pairs peut-être tout aussi aggressive mais le jugement de valeur se fait sur le raisonnement et non sur la personne.

Du coup, lorsuqe je lui ai fait tester le sentiment amoureux avec un berlingot et un poème, Darénal fut fasciné par ma découverte et nous encourage à persévérer. Aussi j'ai rendez-vous avec Sternheimer de Takahashi dans trois semaines lorsqu'il sera revenu d'un colloque de physicien sur le vent et les harmoniques musicales.

D'ici là, je t'encourage à persévérer mlgré ce que peuvent dire toutes ces Imminences rétrogrades.

N'hésite pas à parler avec mes anciens apprentis de nos recherches. Peut-êtres nous apporteront-ils des idées supplémentaires.

Théophraste de Lambassa de Galerne.