L'allégorie de la course à pied me semble correcte pour expliquer comment je vais travailler pour améliorer ma pratique.

Les joggers et les coureurs

Je vois souvent des gens qui courent le dimanche matin. Ils le font pour le plaisir, pour la santé, pour se changer les idées. Ils me fascinent : ils courent et moi pas (je n'aime pas ça). Ils mettent leurs chaussures, ouvrent la porte et vont courir. Ils ne se posent pas de questions : ce sont des joggeurs.

Je pense que certains meneurs de jeu (MJ) sont comme ça : ils animent la partie pour le plaisir, passent du bon temps entre potes, se font plaisir en mitonnant les péripéties pour les personnages. Ils changent d'univers comme les coureurs changent de chaussures, proposent des histoires différentes comme les joggeurs changent de parcours. Ça roule tout seul. Il peut y avoir quelques lacunes mais cela n'obère pas leurs plaisirs. Si je courrais, je dirai que je serai comme ça, un coureur amateur, qui le fait pour le plaisir.

Mais à présent, je veux pouvoir faire des courses à pied et chercher le classement ou améliorer mon temps. Grosso modo, je veux faire des parties de rôles avec un objectif de résultat. Je veux entraîner les joueurs dans des histoires à couper le souffle. Je veux pouvoir finir une partie en me disant que mes joueurs ont ressenti les mêmes émotions que lorsqu'ils regardent la compagnie de Thorin s'enfuir de GobellinVille ou lndiana Jones rechercher son père à travers toute l'Europe. Je veux que mes joueurs soient immergé dans une partie comme dans un bon film même avec le plaisir de se dire que c'est encore mieux car ils sont acteurs de l'histoire.

Je m'entraîne comme Usain Bolt

Le sprinteur ne fait pas que des compétitions, il s'entraine. Il s'entraine même plus qu'il ne fait de la compétition. Et durant l'entrainement, il ne fait pas que des cents mètres. Il répète ses départs, ses dix premiers mètres. Il fait du fractionné, du renforcement musculaire, il travaille sa technique.

Je pense que je dois m'entrainer de la même manière. Faire des exercices différents de la partie et surtout ne pas chercher à s'améliorer durant mes sessions de jeu. Des exercices cadrés que je peux faire seul ou avec un sparring partner pour travailler un point de façon très abstraite voire théorique pour après les intégrer dans des scénettes proches d'une partie entre joueurs. Ainsi, l'erreur est possible et peut être retravaillée de suite. L'apprentissage se fait pas une succession d'essais.

En combien cours-tu le 100M ?

Plutôt que de partir dans tous les sens, je vais chercher à savoir de quoi sont composés mes scénarios. Car j'ai l'intuition qu'une partie de mon insatisfaction vient de la construction et du déroulement des aventures.

Donc, je vais me baser sur les derniers scénarios que j'ai réalisé, les cinq derniers. Sur ceux-là, je vais chercher toutes les scènes jouées, tous les décors, les types de personnages, le types d'interaction et les objectifs de chacune (quand je les ai inscrits/si je m'en souviens). Ensuite nous pourrons faire une sorte de synthèses. Cela me permettra de voir pour quelle scène j'ai le plus d’expérience.

Voici donc un premier exercice :

Prenez vos derniers scénarios (un nombre conséquent, un minimum de cinq) et revoyez le film de la partie. Découpez chaque partie en scènes homogènes. Puis déterminer le type de chacune d'elles, leur environnement, le type de personnages non-joueurs.

L'objectif est de faire un état des lieux de votre pratique. De savoir quelles sont les scènes dans lesquelles vous avez le plus d'expérience et celles où vous êtes le moins habile. Ainsi les applications des exercices durant les parties se feront dans les scènes où vous êtes à l'aise (pour pouvoir retomber sur vos pattes si l'exercice ou la technique est moyenne).

Je cours pas vite

Voici donc mes résultats : 17 heures de jeu pour 5 scénarios, soit trois heures et demi en moyenne par scénario. L'ensemble totalise trente scènes (soit six scènes par scénario) et trente-cinq minutes par scènes. C'est certes une moyenne mais cela donne une idée du nombre de scène par scénario et de la durée moyenne de chacune d'elles.

Il ressort de cette étude qu'il y a :

  • 50% de combat (autant en intérieur qu'en extérieur) ;
  • 13% de scène d’enquête (plus en intérieur qu'en extérieur) ;
  • 13% de scène de négociation (autant en extérieur qu'en intérieur) ;
  • 13 % de discrétion (uniquement en intérieur) ;
  • 10% de scène autres (plus en intérieur qu'en extérieur).

En somme, il y a plus de scène en intérieur qu'en extérieur, mais c'est à peu près similaire. Par contre, en revisitant les scènes, il y aurait pu être possible de transformer certaines scènes de combat en négociation ou en discrétion.

Par contre, le combat représente 50% des scènes de mes scénario. En jouant à D&D 5, je pense que cela représente la caractéristiques du système. Par contre, pourrait-on faire en sorte de diminuer ce ratio : en effet, cela indique que la violence sert dans 50% des situations. Nos PJ sont soit des brutes sanguinaires soit ne voient pas d'autres façon de résoudre la situation. Du coup, des scènes «subtiles» de négociations sont difficile à mettre en place car la violence est la voie la plus facile à utiliser dans les scènes que je propose.

Mon programme personnalisé

Les objectifs pour dans six moins seront de diminuer le ratio des combats pour faire plus de négociations/discrétions/investigations. Du coup l'objectif sera de faire uniquement 30% de combats. Soit pour les prochains scénario une scène de combat toutes des trois à quatre scènes.